Métiers, prime, conditions de travail : les doléances des aides-soignant(e)s seront-elles entendues ?

Eclairage d’Arlette Schuhler, présidente de la Fnaas

L’ambiance était électrique le 25 janvier lors des journées francophones des aides-soignants. Entre la réingénierie du métier au point mort, les conditions de travail toujours aussi pénibles, la prime annoncée par Agnès Buzyn pour les professionnels (le)s des Ehpad publics uniquement et l’absence des représentants de la DGOS, les motifs de colère et de déception étaient légion. Le point avec Arlette Schuhler, présidente de la Fédération nationale des associations d’aides-soignants (Fnaas).

Lorsque nous l’avions interrogée en juillet 2017, Arlette Schuhler déplorait que les travaux de réingénierie de la profession aient été mis à l’arrêt suite à l’élection présidentielle.

Un an et demi plus tard, rien de nouveau.  « Les représentants du ministère m’ont assuré que les travaux reprendraient en mars », indique la présidente. Soit près de deux ans après la dernière réunion, qui avait permis de valider l’essentiel du nouveau référentiel de compétences.

« Le référentiel de formation n’a quant à lui jamais été abordé », regrette l’aide-soignante à la retraite.

En attendant, lors de ses négociations avec les médecins libéraux, la CPAM a évoqué la piste d’une « modification réglementaire (…) en cours pour étendre le champ d’intervention des aides-soignants au milieu ambulatoire », selon un document obtenu par le syndicat Convergence Infirmière. Une piste qui n’a pas manquer de susciter la colère des IDEL, mais à laquelle les aides-soignant(e)s seraient plutôt favorables.

Concertation grand âge
La future loi grand âge ira-t-elle dans ce sens ? La Fnaas était représentée par Guillaume Gontard dans le groupe de travail consacré aux métiers du grand âge, dont la dernière réunion a eu lieu le 30 janvier.

« Il a pu évoquer le malaise des aides-soignants, le besoin d’élargir la spécialisation en gérontologie à tous les aides-soignants et a eu le sentiment d’être entendu », précise Arlette Schuhler.

Guillaume Gontard a également pu soulever la question du glissement de tâches, qui pèse au quotidien sur les professionnels (le)s.

La prime pour les aides-soignant(e)s d’Ehpad publics annoncée par Agnès Buzyn début janvier fait elle aussi grincer des dents.

Quid du privé, des professionnel(le)s des hôpitaux publics qui prennent soin, eux aussi, des personnes âgées polypathologiques, souffrant souvent de troubles cognitifs, parfois pour des séjours de deux ou trois mois ? interrogent les participants aux journées francophones.

Et n’aurait-il pas été plus judicieux de renforcer les effectifs plutôt que de verser une prime ponctuelle, soulève une autre congressiste ?

Cahier de doléances
Pour porter la voix du terrain, « nous recueillons actuellement les doléances des aides-soignants qui seront transmises au ministère sous forme de livre blanc », précise Arlette Schuhler.

Les professionnels (le)s sont invités à y contribuer par mail jusqu’à demain 31 janvier.

Verdict dans les prochaines semaines avec le rapport de Dominique Libault, qui doit être remis à la ministre entre le 15 février et le 1er mars, puis la proposition de loi grand âge.

En attendant, la présidente espère « que les travaux reprennent et aboutissent enfin, avec la définition du rôle propre aide-soignant dans la foulée. Ce serait un grand pas en avant et permettrait d’apaiser les esprits », conclut-elle.

 

Raphaëlle Murignieux